Archives de catégorie : Nata et son baromètre

Changements climatiques, prévisions énergétiques et recul philosophique: Natalia Porowska partage ici le fruit de ses réflexions et la récolte de notre labeur pour des demains acclimatés. Nata a étudié en développement durable et pratique l’agriculture bio.

Qu’est-ce que ça mange une planification énergétique communautaire?

Lors de leurs interventions au BAPE, les représentants de l’AMSÉE, qui a participé à la consultation du 3 mai 2017 et présenté un mémoire, ont référé à plusieurs reprises à une « démarche QUEST » ou une planification énergétique communautaire.

Quality Urban Energy Systems of Tomorrow (QUEST) est un « organisme collaboratif à but non lucratif qui fait la promotion de la recherche, de l’engagement et de la mobilisation dans le but de faire évoluer les collectivités du Canada afin qu’elles deviennent des collectivités écoénergétiques intelligentes ».

Il s’agit d’un projet, associé d’une démarche, qui cherche à outiller les collectivités afin qu’elles puissent contribuer à la réalisation des objectifs nationaux de lutte contre les changements climatiques et de transition énergétique, tout en stimulant le développement économique de ces collectivités.  Il existe, au Québec, un ensemble robuste de lois, de règlements et de procédures afférant à l’élaboration d’un Plan Énergétique Communautaire (PEC) ou Community energy plans, ainsi que plusieurs sources de financement possibles. Il est important de pouvoir mobiliser l’ensemble de ces outils pour naviguer les hautes eaux de la transition énergétique. Plusieurs grands centres urbains au Québec ont procédé dans ce sens, dont les villes de Québec et Longueuil, ainsi qu’un bon nombre de plus petites communautés, comme Bromont et Plessisville.

Une proposition ambitieuse, crédible et inclusive

Ambitieuse : QUEST vise à ce que 100% des collectivités canadiennes soient à l’étape de mettre en œuvre un Plan Énergétique Communautaire local en 2030. Rien de moins!

Crédible : Pour faire progresser les communautés vers ces objectifs, QUEST met à profit l’expertise collaborative de plus de 10 000 intervenants, à travers le pays. 200 Plans Énergétiques Communautaires ont déjà été réalisés au Canada. Ceux-ci regroupent des communautés représentant plus de 50% de la population canadienne, incluant tant des très grosses et très petites municipalités.

Inclusive : En demeurant un animateur objectif, la participation de QUEST permet d’intégrer sur un pied d’égalité l’ensemble des parties prenantes d’un contexte énergétique local, en misant surtout sur l’implication des populations. Continuer la lecture

11 septembre 2016: 2e anniversaire du déversement au quai de Cap-aux-Meules

Dimanche passé marquait le 2e anniversaire du déversement de 100 000 litres de diésel dans l’enceinte du quai de Cap-aux-Meules. L’AMSÉE aimerait prendre cette occasion pour faire un état des lieux de la progression de ce dossier. Durant la dernière année, plusieurs événements ont attiré l’attention.

  • Publication du rapport d’enquête accablant du ministère de l’environnement (MDDELCC) au sujet de l’accident survenu dans la nuit du 10 au 11 septembre 2014 : Le rapport mettait en évidence plusieurs erreurs techniques et humaines survenues lors du test d’étanchéité du pipeline et détaillait l’état délabré des installations, laissant planer un doute sur une culture de laisser aller chez Hydro-Québec, notamment par rapport aux systèmes d’approvisionnement énergétique autonomes. La société d’état sous-estimerait-elle les risques inhérents associés à l’exploitation des installations thermiques? Bien des questions restent sans réponse, même si le niveau de sécurité semble avoir été sensiblement rehaussé.
  • Début des travaux de réhabilitation du quai : Après de nombreux délais, Hydro-Québec a entamé les travaux de réhabilitation du quai. Plusieurs technologies sont au banc d’essai. En effet, malgré les circonstances somme-toute clémentes (le déversement s’est produit à l’intérieur de l’enceinte du quai, par un temps calme), la situation est compliquée. Un nombre élevé de structures souterraines vulnérables (conduits électriques, notamment), restreignent la surface de travail pouvant être activement décontaminée, laisser croire que quelques 20% des 100 000L de diésel écoulé ne pourront être récupéré et devront être dégradés naturellement, avec le temps. Il s’agit d’une réalité implacable, qu’on accepte malgré nous : la consommation continue des hydrocarbures appelle une partie croissante du territoire à être sacrifiée, parfois à perpétuité.
  • La Régie de l’énergie a accepté que soit créé un compte d’écart, qui devra à l’avenir permettre à la société d’état de financer des surcoûts opérationnels majeurs, liés notamment à des bris ou des déversements. Les montants à inscrire ne sont cependant pas encore connus : les coûts de réhabilitation du quai avaient été prévus à quelques $20 millions, mais les dernières estimations laissent croire que cette somme pourrait atteindre quelques $32 millions.

Deux ans plus tard, l’AMSÉE se questionne sur ce que sauraient accomplir des investissements équivalents en termes de transition énergétique aux Îles, si une véritable volonté politique devait se matérialiser.N’attendons pas un autre trois ans pour y répondre! Le temps presse pour rejoindre les centaines de communautés à travers le monde qui s’affranchissent des énergies fossiles et se soustraient aux risques que ces dernières représentent. Rappelons que le mois d’août dernier a été le 11e mois d’affilé à battre des records mondiaux de chaleur…

N’attendons pas une unique solution miracle, non-plus : le réinvestissement nécessaire dans les réseaux autonomes devra non-seulement en assurer la conversion, mais soutenir une véritable transition, misant sur l’économie et l’efficacité énergétique, toutes les deux génératrices de richesse locale.

 

Justice climatique et prise en charge locale

– Lettre ouverte de Natalia Porowska dans l’hebdomadaire le Radar, 10 avril 2015

Le 11 avril sera l’occasion d’une nouvelle démonstration de la détermination des Québécois. Des dizaines de milliers de citoyens en marche dans les rues de Québec réclameront une justice climatique auprès des décideurs nationaux. Le moment est bien choisi : passant d’une menace nébuleuse, les conséquences du bouleversement climatique se concrétisent: multiplication d’événements météo extrêmes, inondations surprises, sécheresses prolongées – tous ayant des impacts sur le portefeuille des Québécois et sur l’accessibilité des services. Or, au même moment, on entend un discours de sourds, de la part des élus, sur deux projets majeurs de développement pétrolier au Québec. D’une part, on nous propose d’investir dans l’extraction des maigres ressources fossiles confinées dans le sous-sol de nombreuses communautés québécoises. D’autre part, on nous vante les mérites du pipeline de Transcanada, qui devrait acheminer le bitume albertain vers les marchés internationaux. On peut se permettre de douter de l’existence d’une réelle conviction quant à l’ampleur du défi devant nous…

Pourtant, depuis quelques années, le gouvernement québécois semblait sur une bonne piste politique en soutenant le développement éolien, en créant un marché du carbone avec la Californie, en s’engageant dans l’électrification des transports… Mais, aussi encourageants que ces gestes puissent paraître, ils ne semblent pas témoigner d’une vision d’ensemble de la conjoncture économico-climato-énergétique. Continuer la lecture